La Passion du Rallye
Ultime réunion avec tous les responsables d'implantation, quelques jours avant le début du Rallye de France-Alsace 2012 © DR

La Passion du Rallye

30/09/2012

Afin de vous faire découvrir les coulisses du Rallye de France-Alsace 2012, nous sommes allés à la rencontre des hommes de l’ombre, qui œuvrent pour faire du Rallye ce qu’il est aujourd’hui. Interview avec Jean-Jacques Wehrung, responsable d’implantation de «Haguenau» (ES19-22).

Comment avez-vous accédé à ce poste de responsable d’implantation ?

Jean-Jacques Wehrung : « Je suis un ancien et modeste rallyman. Lorsque la rumeur du projet d’organiser en Alsace une épreuve comptant pour le Championnat du Monde des Rallyes s’est faite plus insistante, j’ai eu envie de m’engager à fond afin de contribuer, à mon petit niveau, à la réussite du futur Rallye de France-Alsace 2010. Quelques semaines plus tard, le Directeur du Rallye de France-Alsace 2010 m’a proposé la prise en charge d’une épreuve spéciale urbaine, à Haguenau. La préparation du Rallye m’a permis de retrouver un ancien camarade d’écurie, Roland Schmitt, sollicité lui aussi. Ensemble, nous avons décidé de relever le défi. Dès la réunion de travail initiale avec les instances administratives et les services techniques de la Ville de Haguenau, j’ai ressenti à tous niveaux une motivation extraordinaire, exacerbée par l’idée d’un éventuel couronnement de l’enfant du pays dans sa ville natale. Rien ne permettait encore de présager d’une telle issue, mais déjà tout le monde y croyait dur comme fer ! C’est dans cet état d’esprit hautement positif et avec l’assurance d’un soutien inconditionnel que nous avons pris en charge l’épreuve spéciale d’Haguenau… »

De quelle manière intervenez-vous ?

JJW : « Roland Schmitt et moi-même savions immédiatement que notre rôle serait très différent de celui de nos homologues responsables des épreuves spéciales « extra muros ». À la fois plus simple puisque nous n’avions qu’un seul contact, et plus compliqué en raison des contraintes très particulières liées à l’environnement urbain. »

Dans quel sens ?

JJW : « Le public est par exemple très différent : nous n’avons pas affaire à des personnes qui couvrent plusieurs kilomètres à pied, bravent les intempéries ou passent la nuit à la belle étoile. Dans une spéciale urbaine, le public est plus familial et n’est donc pas enclin à de longues marches. C’est aussi un public moins informé des règles de sécurité propres au monde du Rallye. Toute notre réflexion a donc, dès le début, été axée sur la sécurité maximale à chaque instant. »

Comment avez-vous été accueilli par les habitants d’Haguenau ?

JJW : « Les nombreux riverains nécessitent eux aussi une approche particulière. Lorsqu’avec Roland nous avons effectué les premiers repérages sur le terrain, nous sentions des regards curieux derrières les stores des pavillons résidentiels et sur les balcons des immeubles collectifs. Nous avons alors pris la décision d’aller au-devant des gens, d’engager systématiquement la discussion et nous avons consacré deux journées à démarcher commerçants et habitants afin de les informer de la tenue du Rallye et de notre rôle dans le cadre de l’organisation. Peu à peu, curiosité, bouche-à-oreille et une vaste campagne de communication de la Ville de Haguenau ont fait que des relations cordiales et sereines se sont engagées, et qu’une confiance mutuelle s’est instaurée. »

D’un point de vue sportif, y a-t-il des spécificités propres à l’organisation d’une épreuve spéciale en ville ?

JJW : « Je pense aux reconnaissances qui, en amont de l’épreuve chronométrée, constituent un point très particulier. Habituellement, elles se déroulent sur routes ouvertes à la circulation. Mais contrairement à une épreuve spéciale « naturelle » où les équipages sont susceptibles de croiser simplement quelques voitures, celle d’Haguenau se déroule entre centre-ville et Gare SNCF,  un secteur particulièrement fréquenté aussi bien par les automobilistes que par les usagers du train, les cyclistes ou piétons rentrant de leur journée de travail. La Ville de Haguenau n’hésite donc pas à privatiser, l’espace d’un soir, une partie du parcours pour assurer la sécurité des usagers comme celle des équipages. »

Cela constitue donc un travail supplémentaire?

JJW : « En effet. Nous avons composé en conséquence un groupe d’une vingtaine de bénévoles appuyés par autant d’agents des services techniques et administratifs de la Ville pour assurer la mise en place temporaire du tracé et le déroulement harmonieux des reconnaissances. Des séparateurs synthétiques sont rapidement posés selon un schéma prédéfini afin de délimiter le tracé et offrir aux équipages une vision in situ de la spéciale. Cette opération particulièrement prenante ne laisse aucune place à l’improvisation ou l’à-peu-près, tant les écuries exigent un paysage absolument conforme à la mouture définitive de l’épreuve. Dès confirmation de la fermeture des voies par les Services de Police, une brève et intense activité de fourmilière s’engage en tout endroit du parcours. Quinze minutes plus tard, chaque élément est à sa place et chaque bénévole à son poste. Les équipages du Rallye de France-Alsace peuvent alors s’élancer avec la certitude de découvrir pour leur séance de prise de notes un tracé absolument conforme. »

Comment se passent les derniers préparatifs ?

JJW : « Les jours précédant l’épreuve, la pression monte peu à peu, car inévitablement certains détails impondérables viennent troubler la mise en place, fut-elle réalisée de la manière la plus rigoureuse du monde… L’avant-veille, alors que les premières spéciales du Rallye se disputent déjà, les entreprises chargées du montage des tribunes sont à pied d’œuvre ; dès lors, elles ne nécessitent plus aucune intervention de notre part, rodées qu’elles sont à ce type d’exercice. Les emplacements précis ont été définis communément plusieurs mois à l’avance.

Les barrières Heras et Vauban verrouillant la totalité du tracé sont toutes en place, décorées aux couleurs des partenaires. Nos équipes ont achevé le balisage urbain en complément de la signalétique routière du Conseil Général du Bas-Rhin. Enfin, à H-12, la mise en place des séparateurs de voies en béton commence. Il n’est pas possible de couper les axes plus tôt afin de préserver la circulation normale et occasionner le minimum de gêne aux Haguenoviens. La nuit est courte pour les employés du prestataire comme pour nous-mêmes, car nous dirigeons la pose des éléments et tenons à ce que les quelques 750 mètres de séparateurs soient disposés pour ainsi dire au millimètre !

Lorsque les premières lueurs du jour éclairent l’épreuve spéciale d’Haguenau, celle-ci a revêtu ses peintures de guerre. Les plus matinaux des 30 000 spectateurs commencent à arriver, excités à l’idée d’une vision fugitive de leur idole à bord de son monstre mécanique. À H-2, nous repassons sur l’ensemble du parcours pour une ultime vérification ; ce tour est également l’occasion de saluer et remercier individuellement l’ensemble des commissaires officiant sur l’épreuve. Puis, il reste à attendre le passage des voitures de sécurité. Lorsque celle-ci quittent le tracé, nous savons que nous pouvons décompresser un peu : le monde magique du WRC peut investir les rues de la bonne Ville de Haguenau. »

 


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